Violences conjugales et Religion (Source Thèses Université de Lyon)

Violences conjugales et Religion :

‘«Comme l’église est soumise au CHRIST, ainsi soient soumises en toute chose les femmes à leurs maris» C’est de cette manière que SAINT PAUL au 1er siècle
après J.C. a pu exprimer la relation femme – mari en la comparant avec celle
Eglise – CHRIST.’

Toutes les religions ont traité le sujet de la femme. Certaines d’elles ont été plus «ouvertes» envers les femmes que d’autres. Certaines religions ne peuvent pas nier le rôle de la femme d’abord comme épouse et partenaire dans la constitution de la maison et de même comme mère où elle tient la responsabilité de l’éducation de ses enfants, et doit les préparer de façon correcte à confronter la vie et ses difficultés.

Cela n’a pas empêché que quelques religions ont adopté de lois en défaveur des femmes, elles ont garanti la puissance et la domination à l’homme ; pour elles, le rôle de la puissance, du chef, du responsable, du décideur est consacré à l’homme, la femme n’a pour seul rôle que celui du récepteur, fidèle et institutrice.

Face au christianisme qui a interdit aux femmes le sacerdoce, il y a eu l’islam qui oblige encore les femmes à porter le voile : «Le Coran a garanti des droits trop souvent déniés aux femmes» a affirmé Bénazir Bhutto, le Premier ministre du Pakistan durant un discours à Beijing en septembre 1995. L’ordination des femmes résiste également dans le judaïsme.

Limitons donc le poids des mentalités et des dogmes dans ce domaine :

‘«A l’aube de l’humanité, les premières divinités sont féminines, la femme est alors l’unique symbole de la fécondité. Puis l’homme, pour sauvegarder son pouvoir s’assure la maîtrise de la puissance féconde. Aujourd’hui, les inégalités et le poids des mentalités et des dogmes s’apparentent pour les femmes à une chape de plomb: interdiction de sacerdoce et absence de liberté de procréer dans l’église catholique, mise sous tutelle masculine. Des femmes musulmanes en vertu de la prééminence reconnue aux hommes sur elles, lapidation pour la femme adultère dans certains pays comme l’Iran, port obligatoire du foulard (hijab) ou du voile (tchador) dans le cadre de la Chariaa
(loi islamique). L’ordination des femmes est admise pratiquement par toutes les églises protestantes (Luthérienne, Calviniste, Anglicane) et certaines ordonnent les femmes évêques. L’ordination des femmes commence également dans le judaïsme : il y a environ 200 femmes rabbins aux Etats-Unis inflexibles quant aux dogmes, en 1995 le pape Jean-Paul II rappelle à ce sujet, comme pour le célibat des prêtres, la ferme opposition de l’église catholique.»(Rigollet, 1996, p. 20). ’

Puisqu’on n’a pas considéré la violence conjugale comme un comportement individuel déviant, ni une maladie et tout en considérant que son origine est au cœur même des rapports sociaux entre hommes et femmes, il a donc été utile de décrire et d’analyser la nature des « relations » entre la femme et la religion puisque personne ne peut nier l’effet ou l’influence de la religion sur la mentalité des croyants et sur leurs modèles de comportements.

La religion agit directement et indirectement sur l’individu. Une religion qui annonce des lois et leçons qui dévalorisent la femme et la rende inférieure à l’homme, va inciter l’homme à agir parfois inconsciemment contre la femme en se complaisant dans le rôle du dominant.

La religion est une des composantes socioculturelles : les religions, en particulier les religions monothéistes, ont institué l’infériorité des femmes, les autorités religieuses interprétant les textes en fonction des contextes politiques. Alors qu’au cours du temps, certains dogmes ont dû s’éclipser derrière la liberté de penser et d’agir, il semble que la redéfinition de la stratégie géopolitique et économique du monde favorise, au travers des radicalismes religieux, des replis communautaires. Lorsque le pouvoir masculin est d’essence divine, le statut inférieur des femmes légitime l’ensemble des discriminations qu’elles subissent et la dénonciation des violences est impensable ; en revanche, le recours à l’ultime violence peut être encouragé à l’encontre de celles qui enfreignent les codes de l’honneur marital.

En France, «Parmi les données socioculturelles recueillies en métropole, la religion apparaît comme un facteur déterminant: 17% des répondantes musulmanes ou juives étaient en situation de violences conjugales, 9,1% des enquêtées catholiques et protestantes contre 7,8% de celles qui n’ont déclaré aucune religion. Les femmes élevées dans la religion catholique sont plus distanciées par rapport à la religion que les musulmanes dont, signe d’appartenance communautaire, huit sur dix ont déclaré accorder de l’importance à la religion. En fait, quelle que soit l’appartenance religieuse, le niveau très grave de violences conjugales s’accroît avec le degré de dépendance religieuse : 5,2% de celles qui considèrent la religion comme très importante sont en situation très grave de violences contre 2% de celles qui ne lui accordent pas d’importance. Dans les DOM-TOM enquêtés, où la pratique religieuse, à dominante chrétienne, est très répandue, ce clivage selon l’importance accordée à la religion ne se retrouve pas.»(Jaspard, 2005, p. 93).

 

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